Artiste en résidence / Rencontres et Expositions 2024
Claire Sauvaget en résidence au Lycée Martin Malvy du 12 01 au 25 03 2024
« C’est en option arts plastiques au Lycée Bellevue à Albi, en 2002, que j’ai découvert l’art contemporain avec Abraham Pointcheval accueilli en résidence, en lien avec le Centre d’art Le Lait. C’est dans la proximité avec un artiste et un projet collectif que peuvent naître l’envie de faire que l’art fasse partie de nos vies. Bien plus qu’un acte de création, c’est aussi pour moi un acte poétique et politique : L’art est un vecteur d’expression libre, et c’est ce qui nous rend humain. »
Claire Sauvaget
C’est donc toute la section céramique qui a travaillé avec l’artiste lors de sa résidence de 7 semaines au lycée. Un travail collectif pour une installation aérienne, dans « le nuage », grand hall du Lycée, dont certains éléments ont été fabriqués par les élèves.
Les expérimentations et travaux réalisés par la section céramique en atelier avec l’artiste et l’option arts-plastiques, dont l’ investissement fut exceptionnel, sont aussi montrés dans le hall du Lycée.
D’innombrables heures de travail pour formuler les matières, les couleurs, les formes, le tout en plusieurs séchages en étuve et cuissons dans un four immense à 1100°.
Noter les températures sur des courbes techniques, les heures, les bruits de craquements voire d’explosion, défournage 3 jours après !
De l’imaginaire de l’artiste, avec le temps de l’apprentissage des techniques, une langue à apprendre pour qui n’a jamais touché terre, à cette installation à l’échelle du grand hall, en passant par la science des matériaux, ce fut une aventure pour l’artiste, les enseignants, les élèves.
Et le temps de l’installation.
Suspendue par cette forêt de filins d’aciers, les nuages noirs flottent dans ce « nuage » blanc et portent des plaques de céramique en terres diverses, somme d’essais, d’expérimentations et de mille échecs réussis pour qui sait que l’œuvre d’un artiste est avant tout un palimpseste d’erreurs. Concevez l’erreur comme féconde et vous serez dans le progrès de vous-même. Claire Sauvaget avait une vision mais n’attendait rien. C’est pour cette raison que ce qui est là, a une si forte présence.
Et ensuite envisager l’espace, déterminer les hauteurs, laisser respirer, en trouvant comment rassembler ces miniatures minérales du monde qui nous attend si nous ne faisons rien … paysages à peine nés et déjà ruinés, dystopies. Ou, si nous nous engageons, luttant contre les noirs desseins, éclairer encore ce monde, même faiblement, réunir chacun des espoirs que nous semons et qui pourront grandir demain.
Restitution Résidence Céramique/Art contemporain 2024. Camille Calvo et Florent Meng
Résidence du 9 au 21 septembre puis du 7 au 26 octobre.
Ici, l’objet proposé par les artistes ne sert pas à en produire un autre. Il documente des gestes, une méthode, un savoir-faire. Les moules reproduits en faïence et cuits en un seul bloc unissent et cèlent les différentes parties des moules originels et annulent donc la fonction matricielle du moule.
Le titre proposé par les artistes « Réunion » raconte peut-être la fin d’un certain âge d’or de la faïence et la perte des emplois dans les manufactures, phénomène global et déclin d’un modèle remplacé par la production de masse et la grande distribution.
C’est aussi simplement réunir des moules qui se côtoyaient sans dialogue, et ici, il y a même symbiose.
Les artistes ont aussi proposé l’assemblage comme une forme mobilière, des genres d’assises. Il y a dû en avoir des réunions d’ouvrières et d’ouvriers impuissants devant les changements imposés et qui ont fini par s’asseoir sur leur outils de travail.
Cet objet est aussi mémoriel, hommage aux femmes et aux hommes qui ont consacré leur vie à la reproduction traditionnelle d’un savoir-faire, mais aussi un objet en équilibre, et qui bascule vers l’après de la tradition, vers quelque chose qui va peut-être advenir. […]
Il a fallu fabriquer un objet (le moule) pour en fabriquer un autre (vase, assiette, …). Il a fallu fabriquer des outils pour fabriquer le moule qui a fabriqué l’objet. Dans cette chaine de fabrication/production/reproduction, les artistes ont placé cet objet supplémentaire, un geste inadéquat dans un système normé.
Créer, c’est ça, c’est placer un objet supplémentaire, faire un geste, se décaler, déhancher la pensée.
Focus Florine Berthier au Garage Portet. « A creux perdu ».
« À creux perdu », de Florine Berthier c’est 98 photographies, images de l’édition éponyme.
« Ici je parle de ce temps qui est et qui passe, de ce que l’on va retenir, de ce qui va rester et de cette vie qui s’émiette et qui s’effrite.
Ce qui m’intéresse, c’est la matière, c’est la répétition, c’est l’épuisement, c’est la tension.
Je suis intéressée par la sculpture et la tension des gestes, qui sont pour la plupart du temps répétitifs et précis.
Mon travail fige quelque chose, il fige un état des choses, il reste la trace de ce qui a été.
Aujourd’hui, tout va vite, autour de nous, tout va vite.
On essuie du regard un paysage à toute vitesse, on passe très vite à côté de choses qui nous échappent.
Qu’est ce qu’il nous reste ?
Je propose un récit poétique du travail, du précaire, de ce que fait le temps, le passage.
À travers l’écriture, j’explore et scrute ce qui défile.
Je parle de ce que l’on va retenir, de ce qui va rester.
Ici je parle de cette idée d’être un passant et de cette manière à se raccrocher au vivant, à toucher le vivant à parler de ce temps à marcher dans la boue et regarder cette écorce d’arbre tomber.
À creux perdu, c’est 98 patates en ciment. Un moulage par jour. C’est un travail intimement lié à l’oeuvre de Béla Tarr, Le cheval de Turin.
Un repas par jour, une seule papate chaude. C’est un travail de sculpture et de photographie.
Ici, il est question de temps qui passe, de cette vie qui s’emiette, qui s’effrite, de cette même usure, de cette même fatigue et de ce temps qui est et qui est dur. »
Que reste-t-il de nos activités humaines qui produisent sans cesse de nouveaux objets.
Quelle poussière d’absence allons-nous déposer sur le monde en partant.
Quelle est cette insistance à vouloir exister.
Produire une forme, même la plus simple, n’est ce pas une façon de résister.
Avec un seul doigt, on peut toujours écrire dans la poussière.