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Artiste en résidence / Rencontres et Expositions 2026

Par CHRISTELLE DURAND, publié le vendredi 6 mars 2026 22:40 - Mis à jour le vendredi 10 avril 2026 00:27
« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience »
René Char
Résidence à Récobrada : Le sous-texte du textile
Laura Blanche, artiste textile, est venue en résidence du 2 mars au 3 avril 2026 à la ressourcerie Récobrada à Cazères travailler avec cette matière sensible, protectrice, mémorielle pour laquelle art et artisanat ne se disputent pas.
Elle restitue ici son travail réalisé à partir des textiles invendus et du stock de l’atelier couture de la ressourcerie.
« Artiste textile, elle transforme des tissus de seconde main en tableaux et formes cousues, où se mêlent mémoire, intimité et réparation. À partir de vêtements usés, draps anciens et chutes de tissus, elle compose un univers lumineux et sensible, entre pop et surréalisme.
Elle développe une pratique artistique centrée sur le textile de réemploi, faisant du tissu un véritable langage narratif et émotionnel. »
Avec la contribution des stagiaires Emylin, Maellys, Maelle, Sara, Cherine élèves du Lycée Martin Malvy à Cazères et Anouck étudiante aux Arts Déco à Paris, des bénévoles et salariés de Récobrada et des 5 familles d'accueil qui ont hébergé l'artiste pendant la résidence.
Participation à l'exposition des élèves de 1ère et terminale de l'option arts plastiques du Lycée.
Il pleut des couteaux, mais au bout du chemin on aperçoit la lumière.
Après 2 jours de recherches et de doutes en début de résidence, Laura a décidé de revenir à ce dont elle a besoin, ce qui l’aide à vivre, ce monde qu’elle invente et qui la soigne de blessures originelles. La plus personnelle et intime des expressions artistiques est bien souvent la plus universelle.
Elle a décliné, à partir d’une mythologie personnelle, un vocabulaire qui lui est propre.
La cigogne, qui dans nos contes porte la vie porte dialectiquement aussi la mort. Dans leurs becs elles ont transporté les nouveaux nés dans des baluchons à carreau, mais aussi les serpents dorés sous l’arche de la guérison. Le serpent des cultures andines qui creuse les rivières qui apportent l’eau de la vie mais aussi son poison. Mais le lamé doré et leurs petites langues colorées brisent le mauvais sort.
Les cigognes ici sont toutes sœur, sœur de tissus jolis cousus sur des rideaux au crochet, brise vue pour se protéger du regard extérieur qui agresse, peut-être déclinaison de la toxicité d’une société qui a toujours mal supporté la fragilité, les âmes sensibles, les anges.
Le paravent en est un autre exemple, sorte de protection mobile à activer dès que l’extérieur menace l’intérieur. Avec pluie de couteaux, pluie de vie et jeune femme ambiguë portant des stigmates diaboliques dialoguant avec des cygnes, figures mythologiques de la transformation du corps.
A côté de l’arche de la guérison, une cigogne s’envole. Signe que ça va mieux, que dans le partage, les gouttes de bienveillance on abreuvé les oiseaux empêchés que nous sommes. Que la confiance des humains autour de nous, comme autant de petites étoiles qui nous attendent pour s’allumer, a besoin de nos fragilités pour avoir une raison d’être et que nous avons besoin d’elle pour pouvoir exister vraiment.
Des tableaux en 3 dimensions, de la mousse de matelas pour le volume et un habit de tissus jolis comme habillage dont les ouvertures donnent à voir des éléments narratifs de l’enfance, sont suspendus dans le vide au-dessus du garde-corps. Un jeu de parcours, à portée du regard, qui mêle pierrot lunaire, couteaux, gouttes de pluie, lettre d’amour, secrets cachés, garde-cœur lorsque le nôtre est au bord du vide.
Une représentation de la chambre de l’artiste, celle chaque semaine changeante mais toujours protectrice qui l’accueillait pendant sa résidence chez les hôtes bénévoles, rapprochée du travail réalisé par les élèves de l’option arts-plastiques à qui elle avait suggéré la réalisation d’une maquette de chambre avec son monstre.
Il y a des couteaux qui menacent, mais des couteaux pailletés, magiques, dont la lame en tissu luminescent transforme le cauchemar en songe dont l’enfant apeuré caché dans nos cœur peut se saisir pour tuer les dragons.
Merci au Lycée Martin Malvy pour l’accueil de l’exposition de Laura Blanche, Il pleut des couteaux mais au bout du chemin on aperçoit la lumière, restitution de la 7ième résidence à Récobrada et pour mettre ainsi les expressions artistiques d’aujourd’hui au plus proche des élèves.
Merci aux élèves de l’option arts plastiques et à Céline Henry, leur professeure, pour leur travail et leur engagement.
Merci aux équipes techniques et au personnel d’entretien.